La plupart des médecins genevois s’installent en raison individuelle : c’est simple, rapide, et parfaitement adapté au démarrage. Mais quand le cabinet tourne, la question revient en consultation chez la fiduciaire : faut-il passer en Sàrl ? Voici les critères propres aux cabinets médicaux — car le calcul n’est pas tout à fait le même que pour une autre PME.
Ce qui ne change pas : votre autorisation de pratiquer
Première idée reçue à écarter : la forme juridique ne touche pas à votre droit d’exercer. L’autorisation d’exercer la médecine sous propre responsabilité est cantonale et personnelle (LPMéd art. 34) — elle suit le médecin, pas la structure. Le choix entre raison individuelle et Sàrl est donc un arbitrage de gestion, fiscal et patrimonial, rien d’autre.
Raison individuelle : la simplicité, jusqu’à un certain revenu
En raison individuelle, tant que vos honoraires restent sous CHF 500’000, une comptabilité des recettes, des dépenses et du patrimoine suffit (CO art. 957). Tout le bénéfice du cabinet est imposé chez vous comme revenu, avec un statut d’indépendant à l’AVS (LAVS art. 9). C’est efficace tant que le bénéfice correspond à votre train de vie. Le revers : au-delà, chaque franc supplémentaire subit la progressivité de l’impôt genevois, et votre patrimoine privé répond des dettes du cabinet.
Sàrl : piloter salaire, dividende et prévoyance
En Sàrl (capital de CHF 20’000, libérable en numéraire ou par apport du cabinet existant — CO art. 777c), vous devenez salarié de votre propre société (LAVS art. 5) : vous fixez votre salaire, le solde reste en société ou se distribue en dividende. Ce levier permet de lisser vos revenus imposables, de dimensionner votre prévoyance professionnelle sur un salaire choisi, et de loger en société les années exceptionnelles. La comptabilité devient complète dès le premier franc (CO art. 957), mais la révision reste évitable pour un cabinet de dix équivalents plein temps ou moins, avec l’accord de tous les associés (CO art. 727a al. 2).
La transformation : neutre fiscalement, si elle est bien menée
Passer d’une raison individuelle à une Sàrl peut se faire sans imposition des réserves latentes : la LIFD art. 19 l’autorise lorsque l’assujettissement en Suisse est maintenu et que les éléments du cabinet sont repris à leur dernière valeur déterminante pour l’impôt. Deux pièges à connaître : le délai de blocage de cinq ans (vendre les parts trop tôt déclenche un rappel d’impôt) et la valorisation de la patientèle, qui doit être traitée avec rigueur. La mécanique complète — voies juridiques, étapes, coûts genevois — est détaillée dans notre guide passer de raison individuelle à Sàrl à Genève.
Le facteur 2026 : TARDOC et structure de revenus
L’année de la bascule tarifaire est un bon moment pour poser la question de la forme juridique : si le TARDOC rééquilibre durablement les revenus de votre spécialité, l’arbitrage salaire-dividende d’une société se recalcule — et une transformation se planifie sur l’exercice où elle est la plus avantageuse. Nous faisons ce calcul, chiffres à l’appui, pour les cabinets que nous accompagnons : voir notre page fiduciaire pour médecins à Genève et nos forfaits de création de société (Sàrl à CHF 1’890).
Questions fréquentes
Mon autorisation de pratiquer change-t-elle si je passe en Sàrl ?
Non. L’autorisation d’exercer sous propre responsabilité est délivrée par le canton au médecin lui-même (LPMéd art. 34) : elle reste attachée à votre personne, quelle que soit la forme juridique du cabinet. La transformation n’exige aucune nouvelle autorisation de pratique.
À partir de quand la Sàrl devient-elle intéressante pour un cabinet ?
Il n’y a pas de seuil unique, mais trois signaux convergents : un bénéfice durablement supérieur à votre train de vie (l’excédent peut rester en société), une volonté de piloter finement prévoyance et rémunération, et un projet d’association ou de cession du cabinet à terme.
La transformation de mon cabinet déclenche-t-elle des impôts ?
Pas si elle est bien structurée : la LIFD art. 19 permet le transfert en neutralité fiscale lorsque l’assujettissement en Suisse est maintenu et que les éléments sont repris à leur dernière valeur déterminante. Attention au délai de blocage de cinq ans sur la vente des parts.
Mon cabinet en Sàrl devra-t-il faire réviser ses comptes ?
En pratique non : avec l’accord de tous les associés, une société qui n’excède pas dix équivalents plein temps en moyenne annuelle peut renoncer au contrôle restreint (CO art. 727a al. 2) — ce qui couvre la quasi-totalité des cabinets médicaux.