Depuis le 1er janvier 2026, la facturation des prestations médicales ambulatoires en Suisse repose sur le TARDOC et les forfaits ambulatoires, qui remplacent le TARMED en vigueur depuis 2004 (OFSP). Pour les cabinets médicaux genevois, ce n’est pas qu’un changement de logiciel : c’est la structure même du chiffre d’affaires qui bouge — avec des conséquences comptables et fiscales concrètes dès cette année. Voici ce qu’il faut surveiller, vu du côté des chiffres.
Ce qui a changé au 1er janvier 2026
Le TARMED comptait plus de 4 600 positions tarifaires couvrant la quasi-totalité des prestations en cabinet (Conseil fédéral). Le TARDOC le remplace par une structure resserrée d’environ 1 300 positions, débarrassée des prestations stationnaires, et le Conseil fédéral a choisi d’introduire simultanément des forfaits ambulatoires — des prix fixes regroupant plusieurs prestations — pour éviter deux réformes successives (communiqué du 19 juin 2024). Depuis le 1er janvier 2026, cette tarification s’applique au domaine LAMal mais aussi à l’assurance-accidents, l’assurance-invalidité et l’assurance militaire (FMH). L’ensemble évoluera : première version actualisée prévue au 1er janvier 2027, puis mises à jour annuelles via l’OTMA SA (OFSP).
Conséquence n°1 : votre chiffre d’affaires 2026 ne se compare plus à 2025
La réforme a été calibrée sous contrainte de neutralité des coûts au niveau du système (Conseil fédéral) — mais votre cabinet n’est pas « le système ». Selon votre spécialité et votre mix de prestations, certaines positions sont revalorisées, d’autres ajustées, et une partie de votre activité bascule en forfaits. Concrètement : comparer brutalement votre CA mensuel 2026 à 2025 ne dit plus rien. Le bon réflexe comptable est une comparaison à périmètre constant — mêmes types de consultations, anciens contre nouveaux tarifs — sur le premier semestre. C’est elle qui révèle si votre cabinet gagne ou perd à la réforme, et de combien.
Conséquence n°2 : débiteurs et trésorerie sous surveillance
Toute transition tarifaire crée des frictions de paiement : factures émises sur de mauvaises positions, contestations d’assureurs, délais d’encaissement qui s’allongent. En 2026, votre poste débiteurs mérite un suivi mensuel, pas annuel. Si votre bouclement intervient alors que des litiges tarifaires sont ouverts, leur traitement comptable (produits à recevoir, correctifs) doit être propre — c’est exactement le genre de point que nous verrouillons dans nos forfaits comptabilité.
Conséquence n°3 : vos acomptes d’impôt et votre salaire de gérant
Si la comparaison à périmètre constant montre un rééquilibrage de vos revenus, deux ajustements s’imposent. En raison individuelle, vos acomptes provisionnels sont calés sur le revenu passé : les laisser en l’état, c’est soit immobiliser de la trésorerie, soit préparer un rattrapage. En Sàrl ou SA, c’est votre salaire de gérant qu’il faut recalibrer : il structure vos cotisations sociales, votre prévoyance et l’arbitrage salaire-dividende. Et si la réforme révèle que votre raison individuelle a atteint la taille critique, la transformation en société peut se faire en neutralité fiscale sous conditions (LIFD art. 19) : voir notre guide passer de raison individuelle à Sàrl.
La checklist TARDOC de votre cabinet
- Vérifier la facturation : logiciel à jour, positions et forfaits correctement émis depuis janvier.
- Comparer à périmètre constant : prestations types 2026 vs 2025, par position.
- Suivre les débiteurs mensuellement : contestations et délais d’encaissement.
- Ajuster les acomptes d’impôt au revenu 2026 réel.
- Recalibrer le salaire de gérant si le cabinet est en Sàrl ou SA.
Swiss Tax Horizon accompagne les cabinets médicaux genevois sur l’ensemble de ces points : voir notre page fiduciaire pour médecins à Genève et nos tarifs.
Cas chiffré : un cabinet genevois à CHF 500 000 de chiffre d’affaires
Prenons un cabinet de médecine générale à Genève qui facturait environ CHF 500 000 de prestations ambulatoires en 2025 sous TARMED, avec des charges d’exploitation de l’ordre de CHF 300 000 (loyer, personnel, matériel, assurances) et donc un bénéfice avant impôt d’environ CHF 200 000. Voyons concrètement ce que la bascule vers TARDOC et les forfaits ambulatoires au 1er janvier 2026 change pour ce cabinet.
1. Un chiffre d’affaires qui se recompose
La réforme vise la neutralité des coûts au niveau du système : l’enveloppe globale ne doit pas gonfler. Mais à l’intérieur de cette enveloppe, la valeur des prestations est redistribuée pour mieux refléter le temps médical réel. Selon la structure d’activité du cabinet (consultations longues, actes techniques, prestations en l’absence du patient), le chiffre d’affaires 2026 peut varier de quelques pourcents par rapport à une simple reconduction de 2025. Sur notre cabinet à CHF 500 000, une variation de ±3 % représente déjà une fourchette de CHF 485 000 à CHF 515 000 — soit jusqu’à CHF 30 000 d’écart à surveiller.
2. Trésorerie : l’effet transition sur les débiteurs
Les premiers mois d’une nouvelle structure tarifaire s’accompagnent souvent de contrôles renforcés côté assureurs (nouveaux codes, rejets, demandes de précision). Si le délai moyen d’encaissement passe de 30 à 45 jours sur le premier semestre 2026, le cabinet doit financer environ deux semaines de chiffre d’affaires supplémentaires en fonds de roulement — de l’ordre de CHF 20 000 de trésorerie à immobiliser temporairement. Anticiper cette bosse évite de la découvrir sur le compte courant en avril.
3. Acomptes d’impôt et rémunération du praticien
Les acomptes d’impôt 2026 sont calculés sur le dernier bénéfice connu. Si le résultat évolue avec TARDOC, il faut réviser les acomptes en cours d’année pour éviter un rattrapage douloureux ou une immobilisation inutile de liquidités. Pour un cabinet en Sàrl, c’est aussi le moment de revoir l’arbitrage salaire / dividende du médecin-gérant : un salaire trop élevé pèse sur les charges sociales, un salaire trop faible fragilise la prévoyance.
Ce que TARDOC ne change pas — et ce qu’il faut mettre en place
TARDOC ne modifie ni vos obligations comptables ni la durée de conservation de vos pièces, fixée à dix ans (art. 958f du Code des obligations). En revanche, il rend indispensable un suivi analytique plus fin : distinguer le chiffre d’affaires par type de prestation, isoler l’effet tarifaire de l’effet volume, et produire un tableau de bord mensuel de trésorerie. C’est là qu’une fiduciaire spécialisée fait la différence : elle vous dit si une baisse de recettes vient du tarif, de votre activité, ou d’un simple retard d’encaissement. Pour le choix de structure, voyez notre guide médecin : raison individuelle ou Sàrl à Genève.
Questions fréquentes
Le TARDOC est-il obligatoire pour tous les médecins ?
Oui pour les prestations ambulatoires : depuis le 1er janvier 2026, le système tarifaire composé du TARDOC et des forfaits ambulatoires remplace le TARMED dans le domaine LAMal, et s’applique également aux domaines LAA, LAI et LAM selon la FMH.
Mon chiffre d’affaires va-t-il baisser avec le TARDOC ?
Globalement, la réforme a été conçue sous contrainte de neutralité des coûts. À l’échelle d’un cabinet en revanche, la structure des recettes change selon la spécialité et le profil de prestations : seule une comparaison position par position de vos décomptes 2026 contre 2025 permet de le mesurer pour votre cabinet.
Que dois-je vérifier en priorité dans ma comptabilité en 2026 ?
Trois choses : que votre logiciel de facturation émette correctement les nouvelles positions et forfaits ; que votre suivi des débiteurs ne dérive pas pendant la transition (contestations, retards de paiement des assureurs) ; et que vos acomptes d’impôt reflètent votre revenu 2026 réel, pas celui de 2025.
Le TARDOC va-t-il encore évoluer ?
Oui : l’OFSP prévoit une première version actualisée des structures tarifaires au 1er janvier 2027, puis des mises à jour annuelles pilotées par l’organisation OTMA SA. La veille tarifaire devient une tâche récurrente du cabinet.